« Premières fois »
LUJIPEKA
25 mai 2020
OFIVE : Ta première claque musicale ?
Lujipeka : Je crois que c’était Nirvana, je n’écoutais que du rap au collège et presque par hasard, au détour d’une playlist (sur un blog qui était comme un ancêtre de Deezer), je suis tombé sur le morceau «Polly». Ça m’a d’abord parlé mélodiquement, puis je suis allé voir une traduction des paroles et j’ai capté qu’il se mettait à la place d’un psychopathe qui a enlevé et séquestré une jeune fille après un concert. Le contraste entre la beauté de la chanson et la dureté des paroles m’a marqué, c’était comme un concept nouveau pour moi. Toute l’attitude de Kurt Cobain en général m’a ouvert à une vision des choses qu’on ne retrouvait chez aucun autre artiste. Quand tu as 12 ans et que tu découvres ça, t’es comme un fou, donc oui Nirvana, c’est une de mes premières grosses claques musicales.
OFIVE : La première fois que tu t’es senti fier de toi ?
Lujipeka : Quand j’ai fait ma première instru (en 2010 je crois). C’était sur le logiciel Reason, ça faisait des mois que je bidouillais dessus sans réussir à construire quelque chose d’intéressant, puis un jour, j’ai réussi à trouver quelques accords basiques qui me parlaient et j’ai fait cette première prod. Elle n’était pas parfaite mais assez bien pour la mettre sur Soundcloud (exclu : mon blaze c’était «JPK» à l’époque). Je m’étais déjà essayé à plein de trucs plus ou moins artistiques sans jamais terminer quoi que ce soit, là j’ai senti que j’avais trouvé une voie dans laquelle j’allais vraiment m’impliquer, donc c’était un peu la base de quelque chose.
OFIVE : Ta première scène ?
Lujipeka : En 2013, durant un genre d’open-mic dans une MJC à Rennes. Je ne rappais pas encore officiellement à cette époque mais des potes m’avaient proposé de les accompagner pour venir jouer un morceau que je venais d’enregistrer, mon «vrai» premier son du coup (pour l’anecdote, il s’appelait «Beavis et Butt-Head» et c’était un feat avec Yro mais il ne vaut mieux pas qu’il sorte un jour). Bref, j’étais archi stressé, ils jouaient le matin mais j’ai quand même eu la super idée de boire pour rester courageux. Au final, ça s’est plutôt bien passé, mon pote a oublié ses paroles mais il s’est rattrapé en improvisant un truc bizarre et les 20 personnes dans le public avaient l’air satisfaites. Du coup je me suis retrouvé à 11h dans une MJC, ivre mais content de moi.
OFIVE : Ton premier clip ?
Lujipeka : Le clip de ce fameux morceau «Beavis & Butt-Head», on vadrouillait dans Rennes à la recherche de plans cool à faire. Si je me souviens bien, il y avait une scène chez un taxidermiste, une dans la cave de mon immeuble avec des fumigènes (aluminium + balle de ping-pong, tu connais) et une autre dans un Jacuzzi chez Leroy Merlin. C’était marrant mais trop à l’arrache, on a décidé de ne pas le sortir. Juste après on a créé Columbine. A partir de ce moment, l’objectif était d’être le plus carré possible. Toutes les tentatives ratées d’avant avaient servi de leçon et on était devenus intransigeants, peu importe les moyens qu’on avait, il fallait que ça fasse le plus «pro» possible… C’était intense cette période, que des bêtes de souvenirs.
OFIVE : Ton premier crush sur une célébrité ?
Lujipeka : Je pense sans me tromper que c’était Emma Watson, surtout quand Harry Potter 3 est sorti. J’étais love, j’avais un petit poster dans ma chambre et le seum que Ron Weasley lui tourne autour.
OFIVE : Ton premier voyage ?
Lujipeka : Mon premier vrai voyage, en mode hors de l’Europe, avion etc. c’était pour aller au Maroc, à Rabat, pour le mariage d’une cousine. Un bête de voyage sur tous les points, j’ai grave kiffé, il faudrait que j’y retourne. Plein de gens me demandent un concert là-bas… ça serait le feu.
OFIVE : Ta première grosse embrouille ?
Lujipeka : Je ne saurais pas situer l’année mais j’étais jeune… J’avais tiré au visage d’un mec au pistolet à bille parce qu’il m’insultait perché du haut d’un arbre. Pour se venger, il m’avait attendu à la sortie du collège avec une barre de fer. Il ne m’avait pas trouvé, mais je me souviens que ça avait traîné sur plusieurs semaines et que plein de monde s’en était mêlé… une sale histoire de sales gosses.
OFIVE : Ton premier confinement ?
Lujipeka : Pendant la création de l’album « Adieu Bientôt ». Dès que la première tournée de Columbine s’est terminée en décembre 2017, je me suis presque enfermé chez moi jusqu’à mai 2018 pour faire du son. C’est un projet dans lequel j’ai beaucoup de morceaux solo, c’est un besoin mutuel qu’on a eu à ce moment pour réussir à se renouveler musicalement. Pendant plusieurs mois, c’est vrai que mon rythme de vie ressemblait pas mal à celui qu’on a tous eu en confinement. Comme j’enregistrais tout à la maison, je pouvais rester enfermé pendant des semaines. Je ne me vois pas refaire la même chose pour un futur album. Même si je fais encore beaucoup de son chez moi, je pense que chaque projet doit avoir une méthode de production différente pour éviter de tourner en rond. Surtout quand on sortira de ce confinement, je n’aurai sans doute pas envie de refaire un disque dans mon appartement.
OFIVE : Ton premier festival ?
Lujipeka : En tant que spectateur, c’était les Transmusicales de Rennes quand j’avais 15 ou 16 ans, je me souviens qu’il y avait le groupe TNGHT, c’était la mode du mélange Trap et EDM. On a de la chance d’avoir un des meilleurs festivals français à domicile, c’est toujours l’occasion de voir des artistes que tu kiffes et qui sont programmés nul part ailleurs. Puis en tant qu’artiste, mon premier festival c’était le «Free Music» vers Bordeaux, il y avait plus de 10 000 personnes et c’était la première fois qu’on jouait devant autant de monde, ça fait drôle quand tu arrives sur scène mais le concert s’est super bien passé. Je me souviens qu’on jouait entre Tryo et les Underachievers, sacrée programmation. C’était trop cool !
OFIVE : Ta première gueule de bois ?
Lujipeka : A 13 ans, on avait payé un mec 5 euros pour qu’il nous achète de l’alcool et on avait bu dans un skate park en plein après-midi, comme de vrais intellectuels. C’était un mélange Vodka + Energy Drink à 30 centimes, il ne fallait pas se faire griller par la madre en rentrant, c’était sportif. Je n’ai pas kiffé la journée au collège le lendemain… D’ailleurs, je n’ai jamais été très bon avec la tise, en vrai je ne bois jamais.
OFIVE : Ton premier bob ?
Lujipeka : C’est toute une histoire. Quand j’étais au lycée, j’avais un beau bonnet «Cool Cats» et un pote me l’a perdu. Pour se faire pardonner, il m’a acheté un bob. C’était un «HUF» avec des feuilles de cannabis dessus. C’était pas de très bon goût à l’époque et c’est totalement intolérable maintenant. Avant, j’avais toujours un truc sur la tête… mais maintenant je laisse mes cheveux respirer, c’est mon gagne-pain après tout.
OFIVE : Ta première fois en studio ?
Lujipeka : A la base, en parallèle de la partie création musicale, j’ai fait une école plus basée sur la technique. J’ai carrément un BTS «technicien du son». Donc ma première fois, c’était pendant un de mes stages dans un studio rennais. C’était un peu une escroquerie, le mec ne m’expliquait pas grand chose et il n’avait pas vraiment de clients. Juste des groupes qui venaient répéter dans une salle à côté du studio qu’il gérait aussi. En gros, il prenait des stagiaires pour faire l’accueil. C’était relou, mais il me laissait utiliser le studio le soir, et j’ai pu m’essayer à mixer mes premiers sons sur du bon matériel. C’était sympa, mais en vérité à cette époque, ça avait plus de sens pour moi et pour le groupe de bosser en home studio.
