ABOU TALL
21 septembre 2020
OFIVE : Dans quel état d’esprit as-tu bossé cet album « Ghetto Chic » ?
Abou Tall : Au début c’est de la crainte, quand tu ne sais pas encore où ça va aller. Ensuite les bons sons arrivent et t’es enfin rassuré et content. A l’approche de la sortie, les doutes et la peur reviennent, surtout par rapport à la perception du public sur ta musique. Au final, je suis heureux car les gens apprécient l’album et c’est la fin qui compte donc je suis globalement content. J’ai fait exactement ce que je voulais faire.
OFIVE : Après la 2Step de Diabi, as-tu envie de prendre d’autres risques de ce genre ?
Abou Tall : Bien sûr ! Ce n’était pas vraiment un risque, j’aime mélanger plusieurs styles musicaux et proposer des choses peu communes. Le résultat peut parfois paraître risqué, mais pour moi ça ne l’est pas forcément. J’écoute beaucoup de bossa nova par exemple, donc si je m’en inspire ça ne sera pas risqué pour moi mais ça pourra l’être aux yeux du public .
OFIVE : Tu écoutes quoi en ce moment ?
Abou Tall : L’album de Freeze Corleone. Il est très lourd, c’est un excellent rappeur. Je suis content que ça marche pour lui.
OFIVE : Ton album s’appelle « Ghetto Chic » mais que penses-tu des personnes chic au train de vie aisé qui se mettent à adopter les codes du « ghetto » (vêtements, langage etc.) ?
Abou Tall : Je l’ai toujours pensé, culturellement le ghetto a une influence qui dépasse toutes les barrières sociales. Ça signifie aussi que nous, les rappeurs, compositeurs, danseurs etc. faisons bien notre boulot et que notre art dépasse notre cercle, notre milieu. Tant que ça reste positif pour eux et pour nous ça me va.
OFIVE : Si on te donnait un budget illimité pour faire un clip… ?
Abou Tall : J’irais en plein Pôle Nord, avec des paysages blancs partout, visuellement ça serait incroyable, personne ne l’a fait. Rien qu’une excursion touristique là-bas coûte minimum 5.000€ donc j’imagine même pas pour un tournage ! Je ne connais pas encore les caméras qui supportent bien le froid, ni les réalisateurs prêts à avoir aussi froid en tenant une lumière pendant des heures, ça doit être une sacrée organisation. Avec un budget illimité c’est faisable.
OFIVE : Que penses-tu de ceux qui disent qu’il y a de moins en moins de rappeurs et de plus en plus de chanteurs ?
Abou Tall : Je ne suis pas d’accord, il reste beaucoup d’excellents rappeurs, bien plus que ce qu’on pourrait penser. Il faut aussi que le public comprenne qu’on évolue tous artistiquement au fil des années. Quand tu rappes depuis plus de 15 ans, tu as aussi envie d’essayer d’autres choses. Les gens aiment bien quand ça chante donc c’est toujours un plaisir de leur faire plaisir, tant que ça ne jure pas avec tes goûts et tes envies. Voir le public chanter tes sons c’est super, et c’est plus facile avec la chanson qu’avec du rap. Drake peut chanter, il fait partie de ceux qui ont popularisé et démocratisé ça, mais ça n’enlève rien au fait qu’il reste l’un des meilleurs rappeurs tout en sachant super bien faire les deux. C’est quelque chose que je lui envie. Tant que c’est bien fait, je valide.
OFIVE : Si tu devais défiler pour un créateur… ?
Abou Tall : MWAMI. C’est un créateur que j’aime vraiment beaucoup et que je connais bien. C’est 100% sénégalais, conçu au Sénégal avec une forte symbolique africaine.
OFIVE : Si la fin du monde est officiellement annoncée pour demain, que manges-tu ce soir ?
Abou Tall : Quoi qu’il arrive je mange halal (rires). Un caldou, un plat de Casamance avec du bon poisson, du bon kutcha.
OFIVE : Ton prochain voyage ?
Abou Tall : En ce moment je pense beaucoup au Brésil, j’aimerais y retourner. J’écoute beaucoup de musiques sud-américaines et notamment brésiliennes actuellement. Pourquoi pas pour le prochain Carnaval de Rio en février si le COVID le permet.
OFIVE : Si tu devais faire un album commun avec un des tauliers de la chanson française ?
Abou Tall : Renaud, c’est la street de malade !
OFIVE : La suite pour toi ?
Abou Tall : Je bosse déjà sur mon prochain album. J’aimerais surtout faire une tournée mais encore une fois, Monsieur Covid n’est pas d’accord. Idéalement, j’imagine la suite en concert. J’ai déjà une date parisienne en février, j’espère qu’elle sera maintenue. Tu peux faire autant de Live Instagram que tu veux, l’énergie du live ne peux pas se transmettre par la 3G.
OFIVE : Le point positif de cette période de confinement ?
Abou Tall : Dormir et être fainéant sans aucune culpabilité. Ne rien faire sans se sentir coupable parce qu’on en était tous au même stade.
OFIVE : Tu voulais ressembler à qui quand tu étais petit ?
Abou Tall : Wesley Snipes dans Blade. Il était trop stylé avec ses lunettes et ses contours. Ces films m’ont matrixé quand j’étais petit.
OFIVE : Qu’as-tu fait qu’on ne sache pas ?
Abou Tall : Ecrire pour d’autres artistes.
