SHAY LIA
8 juillet 2019
OFIVE : Pour ceux qui te découvrent, peux-tu nous résumer ton parcours dans les grandes lignes ?
Shay Lia : Je suis née en France et à l’âge de 5 ans, j’ai déménagé au Djibouti, en Afrique de l’Est. Quand j’ai eu mon bac, j’avais le choix de poursuivre mes études à Paris ou Montréal et j’ai choisi Montréal. Là-bas, j’ai rapidement rencontré la communauté Hip Hop, R&B et quelques beatmakers dont Kaytranada à une soirée de Jazzy Jeff. On s’est ajouté sur Facebook où il a pu voir une vidéo de moi en train de chanter, il s’appelait Kaytradamus à l’époque et faisait beaucoup de remixes mais pas vraiment de musique originale. Il m’a demandé si je composais, j’y ai vu une belle opportunité et depuis, on collabore très régulièrement. Tout au long de mes études, je faisais de la musique sans manager avec l’aide de mes potes mais je savais que je voulais en faire mon métier. Après mes études, je me suis lancée en indépendant, en sortant uniquement des singles pour tester le public. J’ai fait une mini tournée en Europe puis on a sorti l’EP.
OFIVE : Comment définirais-tu ton EP « Dangerous » en seulement 3 mots ?
Shay Lia : Colorful/Warm/Emotional
OFIVE : Buddy nous le décrivait comme un grand perfectionniste, quel est ton point de vue sur Kaytranada et sa façon de travailler ?
Shay Lia : Il ne cherche pas forcément la perfection, il aime laisser certaines choses brutes mais c’est quelqu’un qui a vraiment besoin d’aller au bout de sa vision. C’est un vrai artiste.
OFIVE : Quels artistes et albums ont marqué ton adolescence ?
Shay Lia : Mon premier souvenir musical, j’en parle souvent mais ça reste Janet Jackson et son morceau « Together again ». Très tôt, j’ai écouté du Sade, Alicia Keys, Michael Jackson, Marvin Gaye, Stevie Wonder, Amy Winehouse, les Destiny’s Child.
OFIVE : Après Kaytra, Stwo ou encore Sango, avec quels producteurs aimerais-tu travailler ?
Shay Lia : Je suis actuellement en train de commencer à travailler avec eux, j’ai de la chance ! Récemment, je suis partie à Los Angeles, j’ai enregistré pas mal de morceaux en studio alors qu’avant, j’avais l’habitude de bosser sur ce qu’on m’envoyait par mail. Sans dévoiler les noms pour garder la surprise, j’ai rencontré la famille de producteurs et musiciens qui bossent avec Anderson .Paak. On a bossé dans le studio de Raphael Saadiq, des trucs bien funky !
OFIVE : Quels sont les artistes francophones que tu aimes écouter ?
Shay Lia : J’écoute surtout des classiques. Je suis obsédée par Claude Nougaro qui s’inspirait aussi de la musique brésilienne que j’adore. Je n’écoute pas forcément la scène française actuelle de mon plein grès mais si on me passe du 13 Block je vais kiffer. Sinon j’écoutais Amel Bent quand j’avais 14 ans et que son premier album était pas mal du tout !
OFIVE : Au niveau de l’industrie musicale, quelles différences ressens-tu entre la France et le Canada ?
Shay Lia : Disons que les artistes indépendants anglophones sont obligés d’aller sur Toronto pour avoir des deals avec Apple ou Spotify par exemple. J’ai l’impression que c’est différent ici. En revanche, côté presse et visibilité, c’est plus facile à Montréal alors qu’ici, il faut être super connu pour qu’on parle de toi. Je ne retrouve pas le marché intermédiaire qu’il peut y avoir au Canada. Même si la France est obsédée par les américains, ça reste compliqué pour qu’on parle d’artistes de ma catégorie dans les médias.
OFIVE : Shay Lia pourrait-elle faire un feat avec Shay ?
Shay Lia : Elle fait les choses avec beaucoup d’esthétisme, c’est assez carré donc pourquoi pas, je peux l’imaginer sauf que je ne suis vraiment pas fan du franglais dans les chansons, c’est souvent forcé et peu naturel. Si elle chante en anglais, il faut que son accent soit irréprochable (comme le mien).
OFIVE : As-tu déjà été « jalouse » de l’instru d’un autre artiste en te disant : « j’aurais aimé que cette prod soit pour moi » ?
Shay Lia : Récemment, ça m’a fait ça avec quelques morceaux de Kali Uchis et « Get you » de Daniel Caesar.
OFIVE : Y’a-t-il une tendance musicale que tu ne supportes plus ?
Shay Lia : Je commence à décrocher un peu de la trap. Je n’en écoute pas pour le plaisir ni pour faire le ménage par exemple. J’ai été élevée à la Soul donc j’ai besoin de choses pointues et envoûtantes, de pépites musicales qui m’embarquent…
OFIVE : Et au niveau des tendances vestimentaires ?
Shay Lia : Déjà niveau maquillage, les sourcils en vague c’est pas possible ! J’en ai aussi un peu marre des filles d’Instagram qui font les mêmes poses dans le même genre de robes chaque jour. Il y en a beaucoup trop et ça tourne en rond, ça manque de diversité, c’est creux, tout se ressemble.
OFIVE : Miguel ou Frank Ocean ?
Shay Lia : J’ai eu la chance de rencontrer Miguel et il a une voix incroyable, il s’inspire beaucoup de Marvin Gaye mais je choisis Frank Ocean pour ses paroles et la qualité de ses mélodies. Il a de réelles subtilités dans sa façon d’écrire, je découvre de nouvelles choses à chaque fois dans ses paroles et la façon plus ou moins évidente de composer, les vibes. Je vais re-télécharger Channel Orange d’ailleurs !
OFIVE : Ton meilleur souvenir improbable avec une célébrité ?
Shay Lia : C’était à Coachella. J’étais là avec Kaytranada et mon équipe, on a été invités à une « pool party » avec pas mal de « nouveaux » artistes type Aminé, Denzel Curry… Il faisait super chaud, j’étais en combinaison et je dégoulinais quand j’ai aperçu un grand chapeau arriver au loin. C’était Erykah Badu ! J’avais payé 150$ pour la voir en concert l’année dernière et là, elle se retrouve face à moi ! Elle était là pour un Dj Set et après sa performance, elle est allée saluer Kaytranada. Je ne savais pas si je devais rester dans mon coin et attendre une prochaine occasion ou courir pour m’incruster dans la conversation. J’ai choisi la deuxième option et elle a été adorable. Elle a même essuyé le rouge à lèvres qui avait coulé pendant que je courrais, comme une tantine !
