SIR
26 mars 2020
OFIVE : Comment s’est passée cette tournée européenne ?
SiR : Super bien malgré ma blessure à la jambe ! J’ai sauté trop haut pendant que je dunkais et je suis mal retombé, en me prenant une branche d’arbre au passage… Mais on s’amuse beaucoup en tournée.
OFIVE : Tu as vraiment l’air d’un artiste posé et assez sage : quel est ton état d’esprit quand tu travailles ?
SiR : J’essaye surtout de rester concentré, ce qui est assez dur dans cette industrie où beaucoup de choses se passent en permanence. Entre les producteurs, managers, artistes qui gravitent autour de toi, les voyages, les fans… j’essaye vraiment de me focaliser sur mon travail, je reste vigilant pour protéger mon énergie créative.
OFIVE : En France, on connaît Inglewood grâce à certains artistes dont tu fais partie mais aussi grâce à la série Insecure. Peux-tu nous en dire davantage sur cette partie de Los Angeles ?
SiR : C’est magnifique Inglewood. C’est tellement beau que n’importe qui pourrait penser qu’il n’y a pas de violence ici. La végétation, les jolies maisons… J’ai moi-même grandi dans une maison à Inglewood ! Mais ça reste un quartier dangereux pour certaines personnes, pas pour celles qui en sont originaires. C’est comme si tu demandes à un brésilien des favelas s’il trouve ça dangereux et veut partir, il te répondra non et qu’il adore sa favela. Je ne me suis jamais senti en danger à Inglewood, c’est en grandissant que j’ai compris certaines choses, il y a comme un yin et un yang ici.
OFIVE : Selon toi, quel est l’artiste de Los Angeles le plus « sous-côté » ?
SiR : James Fauntleroy ! C’est la réponse. Mais je pense aussi à certains artistes comme Tiffany Gouché ou encore Soulection, pour moi Joe Kay n’a pas l’énorme succès qu’il mérite, il te fait des mix de 4 heures c’est incroyable.
OFIVE : Quelles sont les prochaines étapes pour toi ?
SiR : La musique, toujours, écrire et composer, mettre mon énergie au service de quelque chose de plus grand que moi. Avec ma femme, nous souhaitons également acheter notre première maison ensemble, c’est plus compliqué que ce que je pensais, trouver le bon bien au bon prix, dans le bon quartier, proche des bonnes écoles… c’est vraiment mon objectif.
OFIVE : Qui est le plus gros bosseur chez TDE ?
SiR : Jay Rock. Il passe sa vie en studio et il ne lâche rien jusqu’à ce que ça soit vraiment terminé. Il est toujours en train de bosser, il doit avoir au moins 50 morceaux incroyables que personne n’a jamais entendu. Dès qu’il termine un album, il laisse une centaine de très bons morceaux sur le côté. Dot (Kendrick) est une bête de travail différente, son processus créatif est vraiment génial.
OFIVE : Quel regard as-tu sur le parcours de ton frère D Smoke ?
SiR : Je suis vraiment heureux. On a que 13 mois d’écart et on s’aime profondément, c’est mon ami avant tout. Au delà de la musique, on se parle chaque jour, on s’appelle. D’ailleurs, je lui ai proposé de venir me rejoindre à Paris mais on a changé d’avis en voyant le prix des billets de dernière minute. J’ai hâte de voir ce qui arrive pour lui. Il a du attendre de nombreux mois avant de sortir des choses, faire des démarches, car Rhythm + Flow n’avait pas encore été diffusé, donc on bouillonnait ensemble depuis !
OFIVE : Quel serait le pire pour toi : ne plus pouvoir faire de musique ou ne plus jamais pouvoir retourner à Los Angeles ?
SiR : Ne plus jamais pouvoir faire de musique. Si je peux quand même aller en Californie et me poser à San Diego ça me va. En réalité, j’ai conscience que passer du temps en dehors de Los Angeles est bon pour moi. Voyager, ça ouvre l’esprit. Los Angeles fera toujours partie de moi et restera dans mon cœur, c’est d’où je viens donc je n’ai pas besoin d’y vivre pour savoir qui je suis.
OFIVE : Quelle a été ta pire décision ?
SiR : Jouer au basket deux jours avant de partir en tournée (rires) mais plus sérieusement, avoir commencé à fumer à 17 ans. J’ai essayé d’arrêter en vain. Je devrais arrêter, rien que pour préserver ma voix et ma carrière. Sinon, quand j’avais 9 ans, j’ai volé de l’argent à mon père, c’était une mauvaise décision. A l’époque, il était chauffeur de limousine et se faisait pas mal de pourboires en espèces. Moi, comme un imbécile, au lieu de voler 5 ou 10 dollars au fur et à mesure, j’ai directement pris la moitié d’environ 500 dollars. Quand il s’est réveillé, il a cherché ça partout, j’avais caché l’argent dans un des pantalons de D Smoke en me croyant malin. Il m’a évidemment balancé. Mon père était très déçu de moi, il en a pleuré, il m’aurait donné 20 dollars si je lui avais demandé.
OFIVE : Quel est ton meilleur souvenir d’été ?
SiR : L’été après avoir eu mon bac très certainement. J’avais trouvé un bon travail dans un club de gym, je n’habitais plus chez mes parents. J’étais dans un des quartiers les plus dangereux de Los Angeles, « the Jungles », en plein milieu de Crenshaw, mais je m’en foutais, j’étais indépendant. Des amis et mon frère ont ensuite emménagé ici et c’était vraiment le top.
OFIVE : As-tu encore une collaboration de rêve en tête ?
SiR : J’en ai plus d’une : Stevie Wonder, Missy Elliott, Timbaland et pourquoi pas les deux ensemble. Avant, je voulais travailler avec Jay Z mais maintenant je veux simplement être comme lui. Ils m’inspirent énormément avec Will Smith, ils sont restés fidèles à eux-mêmes et n’essayent pas d’être autre chose. J’aimerais beaucoup travailler avec Beyoncé aussi, faire ses chœurs, lui écrire des chansons, peu importe.
OFIVE : Tu étais déjà venu à Paris l’automne dernier, tu en gardes quel souvenir ?
SiR : On a enchaîné les interviews, c’était vraiment très rapide mais j’ai mangé un steak incroyable. Je suis vraiment un dingue de bonne cuisine, j’ai aussi pu goûter du très bon vin et voir la Tour Eiffel.
